Violoniste, pianiste
et chef de chant
1876
- 9 juillet : naissance à Londres de Marie Emile Félix Walter Marrast. Il était
originaire du pays de Comminges par son père
Eugène Marrast (dit Jean Straram) (19/02/1844 - 11/01/1894) et d'Angleterre par sa
mère Marguerite Barthélémy (9/07/1848 - 1935). La famille paternelle était musicienne : sa
grand-mère Virginie née Bertho fut élève de Chopin et son grand-père Orelli Marrast, bon violoniste,
avait fondé à la Réunion "la Philharmonique de Saint-Denis". Le père de Walther
pratiquait la composition et le frère de ce dernier n'était autre que le célèbre journaliste, politicien et
écrivain Armand Marrast
(1801-1852) qui avait épousé Miss Fitz-Clarence, petite fille naturelle du roi
George IV. Marguerite Barthélemy était la fille de Miss Fitz-Clarence d'un autre
mariage. Eugène Marrast et Marguerite Barthélémy se sont mariés à l'Eglise
Notre-Dame-des-Champs à Paris, le 30 avril 1868. Ils eurent ? enfants dont
Joseph Marrast (1881-1971) qui exerça une importante activité comme
architecte.
Walter Marrast reprit donc le pseudonyme de son père (anagramme de Straram). Le "h"
rajouté au prénom Walter fait référence au personnage de Walther von Stolzing
des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Richard Wagner, qui symbolise « le
génie sans contrainte et le renouveau de l’art musical vers un nouvel idéal… »
1877. octobre : la famille
s'installe en France. 1883.
Le jeune Walther improvise des airs de sa composition à l'harmonium.
1885. Walther est élève du Lycée
Janson de
Sailly à Paris. 1887. Quitte le lycée
et travaille le violon avec Alfred Brun violoniste à l'Orchestre de l'Opéra et
soliste à la Société des Concerts du Conservatoire. 1888. Première
communion à l'église Saint-Pierre-de-Chaillot. 1892.
Walther adopte le nom de Marrast. Il est second violon à l'Orchestre Lamoureux : il a 16 ans ! Parallèlement
, il travaille l'harmonie et le contrepoint avec Gustave Sandré (1843-1916).
Professeur au conservatoire, Sandré avait traduit de l'allemand des Traités
d'harmonie et de fugue du théoricien allemand Ernst Friedrich Eduard Richter
(1808-1879). Il était également compositeur. Walther travaille également le
piano avec le grand Edouard
Risler (1873-1929)
qui sera répétiteur au Festival de Bayreuth en 1896. Ces deux personnalités,
Sandré et Risler, ont certainement ouvert le jeune Walther à la culture
allemande. 1894. Service
militaire à Sainte-Adresse, près du Havre. A-t-il connu André Caplet à cette époque ?
- Octobre : premier violon puis violon solo au Théâtre des Nouveautés à Alger.
1895. A Alger
jusqu'en mars. 1896. Premier violon et
pianiste accompagnateur du chœur au Grand Théâtre de Lyon engagé par Albert
Vizentini, ancien collaborateur d'Offenbach qui fut chef d'orchestre du Théâtre
des Bouffes-Parisiens et directeur du Théâtre de la Gaîté. Straram donne des saisons d'été avec le violoniste Jacques
Thibaud ainsi
que des concerts privés avec le compositeur Reynaldo Hahn
qui était ami de Risler et intime de Marcel Proust.
- 8 juillet au 15 septembre : Il est violon solo au Casino de Châtelaillon
(Charente Maritime).
- Août : comme beaucoup de ses contemporains, Straram fait le pèlerinage de
Bayreuth ; il s'y rend en compagnie d'AndréMallarmé avec
lequel il échangera une importante correspondance). André
Mallarmé (1877-1956)
exercera de nombreuses fonctions politiques comme député, sénateur et ministre
des P.T.T. de mars à décembre 1930.
- W.S. collabore avec Richard Strauss à Munich. Au cours de cette
période, il se produit régulièrement comme accompagnateur de chanteuses à bord
des paquebots Cunard, il organise des concerts de charité, est chef de chœurs en
divers concerts de Fauré, Hahn, Massenet ou Saint-Saëns. 1897. Premier
violon, pianiste accompagnateur au Grand Théâtre de Saint-Etienne. 1898. Fréquente
Jeanne Gautier dont il aura quatre enfants (mariage en 1909) 1899. 17
décembre : naissance d'Yzelle. 1900. Se
produit aux Concerts d'Harcourt. 1901. 30 août :
Naissance d'Ulrich. 1902. mai-juin :
Straram (26 ans !) est répétiteur lorsqu'Alfred Cortot (25 ans !) , Hans Richter et Félix Mottl dirigent au Théâtre du Château-d'eau (dir.
Victor Silvestre), la première parisienne du Crépuscule des Dieux
(le 17 mai : 6 ans avant l'Opéra de Paris 23 octobre 1908) sous le patronage des
Grandes Auditions musicales de France ainsi que Tristan et
Isolde (trois ans après la première parisienne au Nouveau
Théâtre le 28 octobre 1899 mais deux ans avant l'Opéra de Paris le 11
décembre 1904). Le Crépuscule est chanté en français mais Tristan
en allemand. Participent de très grandes voix wagnériennes comme Félia Litvinne
ou Ernest van Dyck (détails à la page
Concerts). L'orchestre, à l'instar de celui de Bayreuth, avait été
rendu invisible et les décors imités des maquettes originales de Bayreuth.
Quatre mois de répétitions avec les chanteurs puis l'orchestre composés de 91
musiciens provenant pour la plupart des Concerts Lamoureux et 37 choristes.
"Straram, écrit Bernard Gavoty dans son livre
sur Alfred Cortot, est venu offrir sa collaboration à Cortot, qui a aussitôt
agréé ce jeune musicien, du type bohême et enthousiaste, dont la passion pour
son art légitime la vie extravagante : "J'habitais alors 96, boulevard
Malesherbes, rapporte Cortot, ayant quitté le domicile de mes parents pour avoir
mes coudées plus franches. J'y avais accueilli Straram, à qui m'unissait une
amitié fraternelle, cimentée par le culte de Wagner. Que de nuits blanches
passées à combiner les coups d'archets de nos partitions : Félix Mottl et Hans
Richter, qui alternaient avec moi au pupitre du Festival Lyrique, étaient aussi
mes hôtes."
Au dos d'une photo de Cortot, celui-ci écrit "A Walter (sic) Straram, à
mon meilleur ami". Dans une lettre, Cortot se plaint "à savoir que tous les
chanteurs sont des cabots et partant des mufles". Ces productions seront
hélas des fiascos financiers ce qui n'empêchera pas Cortot de monter deux
auditions fragmentaires de Parsifal
dès
l'année suivante (7 et 11 avril) qui lui attireront les foudres de Cosima et lui
fermeront définitivement le poste de chef d'orchestre à Bayreuth.
Tout occupé à Wagner, Straram a-t-il assisté aux représentations de Pelléas
et Mélisande de Debussy créé à l'Opéra-Comique le 30 avril ? En tout cas,
Straram est nommé chef de chant de cet illustre établissement dont l'actif directeur, Albert
Carré, entouré d'André Messager pour l'orchestre, d'Henri Busser pour les chœurs
et de Louis Dandry pour les chanteurs, assurait plus d'une trentaine de
représentations par mois.
-5 décembre : Walther accompagne au piano le grand baryton verdien Victor
Maurel au Victoria Hall de Genève. 1903. 22 mai :
naissance d'un premier fils Enrich. (voir infra note 5) 1904. 21
janvier : dirige des chœurs de Reynaldo Hahn.
-
28 mars : dirige Chansons bretonnes
de Bougault-Ducoudray, Etudes latines de Reynaldo Hahn, et Israël en
Egypte
de Haendel dans une version avec accompagnement de piano.
-
14 décembre : accompagne la chanteuse Ernestine
Gauthier(1880-1988 morte à 108 ans !). Il la retrouvera à Boston en
1912-1913.
Dirige des extraits de La Pastorale de Noël de Reynaldo Hahn.
1905. 1er mars : naissance de Karl.
Straram est nommé Chef de chant à l'Opéra de Paris où il
travaille avec André Messager, Paul Vidal... 1906. 18
janvier Accompagne au piano Louise Grandjean avec
le Quatuor Capet.
- 31 octobre : comme chef des chœurs à l'Opéra, il participe à la création de l'opéra
Ariane de Jules Massenet qui lui dédicace sa partition chant et piano
: "A mon très cher ami Walther Straram, en affection reconnaissante et en
souvenir des études d'Ariane à l'Opéra".
- 4 décembre : concert avec l'Orchestre Colonne sous la direction de Colonne avec
le chanteur Fendall Pegram que Straram accompagne au piano dans les
Dichterliebe de Schumann.
- ? décembre Straram dirige un concert à l'Interprix. Massenet lui écrit
le 15 décembre : "Dans le programme du concert que vous dirigez à l'Interprix
vous pensez à moi... J'en suis très touché !" 1907. Il dirige une représentation privée de Salomé de Strauss
au Petit Théâtrerue Blancheà Paris. Chez Madeleine Lemaire, il
accompagne au piano une audition privée des deux premiers actes de la Forêt
bleue de Louis Aubert.
Ce n'est que le 8 mars 1913, à Boston, qu'André Caplet dirigera la création
de l'ouvrage avec Straram pour assistant.
-
24 mai : Straram participe à la création de La Catalane
de Fernand Leborne à l'Opéra de Paris.
L'auteur lui dédicace sa partition : "En souvenir des heures inoubliables
passées au milieu des exquises danseuses de l'Opéra".
-
25 novembre : Straram participe comme répétiteur au piano à la création du
ballet de Henri Maréchal : Le Lac des Aulnes.
Paris, New York, Boston... 1909. 20
octobre : mariage avec Jeanne Gautier(21/08/1876 - 21/12/1960)quelques jours avant de partir aux Etats-Unisà bord du paquebot La Tourainedu 23 au 31 octobre.
Jeanne Gautier accueillera chez elle la chanteuse Marya Freundpendant la guerre 1939-1945.
- 15 novembre : débute au Manhattan Opera House de New York comme répétiteur et
chef de chœur. 1910.
1er janvier à fin mars : à New York. Collabore à des
productions d'Elektra et Salomé de Strauss, de Thaïs de
Massenet.Comme répétiteur, il assiste des chanteurs comme Mary Garden,
Charles Dalmorès, Maria Kousnezoff-Massenet, Albert Alvarez, au Manhattan Opéra 1912. Il devient chef de chant assistant
et secrétaire d'André
Caplet à l'Opéra de
Boston.
Selon le témoignage d'Yvonne Gouverné,
c'est sur la recommandation d'un musicien que Caplet l'enrôla :
"Personne ne connaît mieux les voix que lui, ce qu'on peut en obtenir.
Seulement je crois qu'il est à l'Opéra... fantaisiste à l'excès, très
intelligent, mais il ne fait que ce qu'il veut...". Aussitôt
Caplet de dire : "C'est celui-là qu'il me faut ". Ils se virent pour la
première fois dans un certain petit café place du Trocadéro... (chacun
d'eux m'ayant dit la même chose, précise Gouverné, j'en conclus que cela
doit être vrai ! ). Ce qui est certain c'est qu'une amitié totale devait
naître entre eux, soudée par leur travail en commun à Boston. Dès lors, la musique devait toujours leur
donner de nouveaux prétextes à mettre leurs efforts en commun".[1]
C'est donc comme spécialiste
de la voix - et pour son fort tempérament ! - que Straram était réputé et
c'est à ce double titre que Caplet l'engage. Dans un courrier, Maurice Emmanuel,
estimera que Caplet et Straram sont les seuls chefs à être intransigeants sur la
justesse des chœurs. "Malgré une reconnaissance réciproque de leur valeur
artistique, écrit Denis Huneau, un
certain différent opposera Straram et Caplet lorsque ce dernier dirigera
l'Orchestre Pasdeloup et provoquera sa démission". En effet, Caplet et Straram
se trouveront opposés à propos de l'organisation d'un concert du 29 décembre
1922 qui conduira à la démission de Caplet. Mais ce différent restera
anecdotique pour les deux amis. -
12 octobre : Straram est engagé pour 5
mois comme chef assistant de Caplet à l'opéra de Boston[2].
Il
accompagne des chanteurs dans des récitals de mélodies.
Il assiste notamment Caplet dans la création de La Forêt bleue de Louis
Aubert en mars 1913 et dans les très nombreux opéras français montés à Boston
(Louise de Charpentier, Samson et Dalila de Saint-Saëns, Carmen
de Bizet, etc.A Paris, de même, Straram se fait une réputation de pianiste accompagnateur avec
des chanteurs
tels que le baryton Victor Maurel, Ernestine Gauthier, Maria Kousnietzoff... ;
il accompagne
des
chœurs régulièrement.
Le jeune Walther
Boston Opera House 1912-1913
TCE Saison anglo-américaine de grand opéra mars-avril 1914
1913-1914
: Collabore avec Caplet à Boston pour les saisons lyriques de novembre à fin
mars. 1914.
mars-avril : Il est chef de chant à la saison "anglo-américaine de grand opéra" qui programme 13
opéras, 2 créations sous les baguettes de 9 chefs parmi lesquels Albert Coates, Pierre Monteux,
Roberto Moranzoni, Ettore Panizza, Félix Weingartner... (voir
reproductions ci-dessus pour les détails).
1915.
Fréquente toujours le salon de Madeleine Lemaire qui
lui écrit le 1er mars : "Bien que vous soyez le dernier des goujats
pour ne pas dire plus, avec moi, j'aimerais savoir ce que vous devenez ".
??? - 26 juin : Affecté à la 29ème section d'infanterie militaire. Vaguemestre à
l'hôpital de Rolin (?) . Deux campagnes 26 juin au 16 septembre. Remobilisé le
20 décembre. au 1er Génie à Versailles.
Le chef d'orchestre
prend la baguette 1917.
Après la guerre, Straram va tout d'abord se produire régulièrement comme chef
d'orchestre au Théâtre du Vieux-Colombier.
En effet, Jane
Bathori qui a travaillé sa technique vocale avec Straram lui confiela direction
musicale du théâtre (ouvert le 22 octobre 1913) car Jacques Copeau, son
directeur, est alors absorbé par ses activités de conférencier aux Etats-Unis.
(voir Bibliographie article de Linda
Laurent)
- 17 décembre, W.S. crée les Inscriptions champêtres de Caplet.
"On a fait 32 répétitions de cette
œuvre difficile ; il y eut bien dix alertes, qui obligeaient les chanteuses
à rentrer chez elles, quelque fois très loin, à pied par la voie souterraine
du métro (Correspondance Jacques Copeau à Roger Martin du Gard). 1918. Dans une lettre du 23
avril à Jane Bathori qui le sollicitait pour monter Pelléas et Mélisande
aux Etats-Unis, André Caplet propose Walther Straram pour le remplacer. Jane
Bathori aux Etats-Unis demande à Straram si elle peut utiliser sa méthode de
chant.
- 2 décembre : Au théâtre du Vieux Colombier, W.S. crée Le Dit
des jeux du monde de Honegger (un beau scandale digne de celui du Sacre en raison de la hardiesse des décors et d'un texte ampoulé de Paul
Méral). Il y dirige également une reprise d'Une éducation manquée de Chabrier
ainsi que Le Jeu de Robin et de Marion d'Adam de la Halle. A Boston
auprès de Caplet puis ensuite au Vieux-Colombier, Straram s'est réellement formé
à la direction d'orchestre et a trouvé sa voie. 1919.
6 octobre : W.S. est nommé professeur de musique de chambre vocale à la Schola Cantorum. 1920. 21 avril
: première leçon de chant à Julia
Nessy, élève que Straram
accompagnera par la suite à plusieurs reprises soit au piano soit comme chef
d'orchestre. Son mari, l'agent artistique Pavel Bächer, envoie à Straram le 12
décembre un piano-chant de LIbuse de Smetana avec la mention"En souvenir d'inoubliables moments
passés ensemble et expression de ma vice admiration". 1921. 31 janvier : Walter Straram demande des conseils à Caplet
où sujet de La Mer Debussy et d'España de Chabrier et lui réclame
de mettre à sa disposition les matériels d'orchestre d'España, de
l'Ouverture de Gwendoline de Chabrier ainsi que la Pavane pour une
infante défunte de Maurice Ravel. A cette époque, Straram incite son ami
Caplet à accepter de diriger la reprise du Martyre de Saint-Sébastien de
Debussy : "Je comprends
parfaitement qu'une situation à l'opéra ne vous tente pas et vous avez vraiment
mieux à faire ; mais cependant, pour le Martyre, j'accepterai sans aucune
hésitation si j'étais à votre place et ceci pour des raisons que je trouve
hautement supérieures parmi lesquelles : la piété que l'on doit avoir pour le
génie de Claude Debussy, qui pratiquement vous impose de ne pas laisser encore
une œuvre de lui se galvauder au répertoire dans des conditions méprisables,
que vous pouvez énormément dans la suite, si vous en dirigez seulement les
premières exécutions - [...] Je vois encore une foule d'autres raisons que je
vous dirai de vive voix, si vous me le permettez, et qui me sont guidées par ma
perspicace affection." La reprise sous la direction de Caplet aura effectivement
lieu le 18 juin 1922 à l'Opéra de Paris. - 27 février : Straram dirige à Prague l'Orchestre Philharmonique Tchèque avec
en soliste Julia Nessy-Bächerova. => Concerts - 6 avril : Caplet accompagne Julia Nessy dans un concert à la S.M.I. où elle crée
Le Pain Quotidien de
Caplet. Celui-ci écrit à Straram :
"Mon bon Walther : J'accompagne Madame Nessy parce que c'est elle, parce qu'elle
est votre élève et qu'elle a d'énormes qualités."
- 4 mai : Première leçon de chant Ganna Walska (voir infra).
- 23 décembre : récital de chant donné salle des Agriculteurs par Julia Nessy
accompagnée par Straram au piano avec des œuvres de Aubert, Debussy, Ravel et
Roussel. Caplet accompagne lui-même la chanteuse dans les Trois Fables de La
Fontaine. Voir concerts.
1922.
L'agent artistique Pavel Bächer qui habitait Prague, organise une tournée pour
sa femme Julia Nessy et Straram. Ils se produisent dans des programmes de
musique française à la Philharmonie de Berlin (3 et 6 janvier), Prague, Vienne.
Straram suggère à une de ses élèves, la riche cantatrice
Ganna Walska[3], seconde épouse du
riche Américain Harold McCormick (1872-1941,) d'acquérir, en souscrivant à
l'augmentation du capital, la majorité des actions privilégiées de la
Société Immobilière du Théâtre des
Champs-Elysées (TCE). Devenue propriétaire des lieux, elle ne pourra en
avoir la libre jouissance pas avant le 1er juillet 1928. En effet, l'occupation du
théâtre était grevé par des baux accordés à différents producteurs de
spectacles : Quinson, Jacques Hébertot, Rolf de Maré et ses ballets Suédois,
Feldman...Jefferson Cohn (Sté Parisienne de Spectacles). C'est la raison pour laquelle, les trois premières Saisons de
l'Orchestre Straram se tinrent à Gaveau puis Pleyel avant de se produire au TCE en 1928.
- 2 février : dans une longue lettre de 16 pages expédiée en recommandé à
Jacques Hébertot, W.S. fait part de ses intentions concernant l'organisation de
concerts symphoniques mettant en valeur les différentes écoles nationales :
"Faire connaître dans son ensemble la production moderne dans toutes ses
tendances de diversité esthétique et de milieu national, mais appartenant à un
certain degré de qualité au-dessous duquel il ne faut pas descendre sous peine
d'en diminuer fortement l'intérêt. [...]Sur l'emploi de l'Orchestre du Théâtre
des Champs-Elysées ou d'un autre, nous sommes entièrement d'accord sur l'utilité
de modifier le titre de cet orchestre. Il reste évident qu'au point de vue de sa
qualité on pourrait en former avec des éléments meilleurs et une unité plus
complète. [...] Je n'ai pas besoin de vous dire, cher ami, que je serais
particulièrement heureux, si je puis réaliser ce projet avec vous - cependant si
vous préférez le tenter avec un autre collaborateur que moi, libre à vous, et
croyez que je serais le premier à y applaudir s'il réussit - Ce que je tiens à
préciser, c'est que si, ce que je regretterais infiniment pour ma part, il
n'avait pas de suite entre nous, conserverai ma complète liberté d'action pour
le réaliser seul ou avec une autre collaboration." Cette lettre révèle
clairement les projets de Straram à cette époque, projets qui déboucheront dès
l'année suivante sur les Quatre Concerts de musique moderne internationale et la
constitution de son orchestre puis des Saisons de concerts à partir de 1926.
- Juin : Straram est à
Prague avec Hans Krasa et Alfredo Casella. Au cours d'une tournée, le
violoncelliste Maurice Maréchal écrit le 20 octobre à André Caplet avec pour
en-tête: "L'agent de liaison Maurice maréchal de la 1ère Tournée (Division
Straram) au Sergent André Caplet, Commandant de dépôt". Un petit mot de Straram
en fin de lettre montre qu'il accompagne le violoncelliste dans ses récitals. Le
maestro retrouvera le soliste le 8 juin 1925 dans Epiphanie de Caplet
mort quelques semaines plus tôt, le 22 avril.
L'Orchestre des concerts Straram, le Théâtre des Champs-Elysées
1923. 27 janvier. Première retransmission en
direct d'un concert (Salle Gaveau) sur Radio Paris. Straram réunit un orchestre
constitué de l'élite des musiciens français de l'époque. A la tête de cet
orchestre de prestige auquel il donne son nom en 1925, W.S. va exercer une extraordinaire
activité au service de la musique de son temps. A la tête de cet orchestre, il donne en avril-mai
au TCE "Quatre concerts de musique
moderne internationale" avec un grand nombre de créations."La
tentative la plus méritoire, la mieux raisonnée a été, jusqu'à présent,
celle de Walther Straram qui, aux Champs-Elysées, nous donna en quatre
séances, un judicieux aperçu des principaux partis siégeant actuellement
dans le parlement musical européen" (Paul Le Flem, Comoedia, 25 août 1924). A cette occasion, Caplet procure
à son ami une partition manuscrite d'orchestre et
la réduction des Quatre pièces op. 12
deBartókdonnées le 1er mai. Recommandé par
Caplet, Pierre Bernac reçoit des cours de chant de Straram.
- 1er mai : dirige la première audition française de la
Passacaille op. 1 d' Anton Webern.
- 7 septembre : embarquement au Havre pour New York et Chicago avec
Ganna Walska peut-être dans le but de chercher des interprètes et des
financements pour leFestival Mozart de l'année suivante. 1924. La 8e Olympiade se déroule à Paris.
[4]
Dans le cadre de la Grande Saison d'Art fut organisé un grand Festival Mozart avec
la participation de l'Opéra de Vienne (Don Giovanni, L'Enlèvement au sérail
et LesNoces de Figaro sous la direction de Franz Schalk (Vittorio
De Sabata dirige les chœurs)). En juin, Straram organise à son tour son propre
festival Mozart avec Don Giovanni, Cosi fan tutte, Les Noces, le Requiem...
Les opéras sont donnés trois fois et chantés en italien avec la
participation de Ganna Walska. 1925.
4, 8 et 11 Juin Trois Concerts de la
Société Internationale de Musique contemporaine au Théâtre de l’Exposition
Internationale des arts décoratifs construit spécialement à cette occasion par
Perret et Granet sur l'esplanade des Invalides avec des œuvres de Weill, Schoenberg, Bartók,
etc. A cette occasion, l'orchestre Straram acquiert une renommée internationale
notamment en Allemagne et aux Etats-Unis.
- 4 décembre : W.S. dirige à l'Opéra de Paris des ballets d'Ida Rubinstein.
Vers cette époque, il enseigne et dirige des chœurs de femmes dans le cadre du cours
Suzanne Nivard, les 1ers et 3e mardis de chaque mois.
1926.
22 Janvier au 6 mai salle Gaveau, tous les jeudis, Straram entame une série
de huit saisons de concerts. Cette 1ère
saison comprend 12 concerts. - 21 juin : il dirige le Miroir de Jésus
de
Caplet à Zurich. - 24 juillet : Szymanowski rencontre Straram et lui joue son
Stabat Mater.
Straram, très enthousiaste, s'engage à le donner la prochaine saison (en
réalité, c'est la Troisième Symphonie qu'il dirigerale 28 avril,
salle Gaveau). Szymanowski avait rencontré sa compatriote Ganna Walska en 1925
et n'avait pas manqué de chercher à le séduire lors d'un dîner le 24 juin. Elle
invita même le compositeur à la rejoindre à Venise, au mois de novembre, en lui
faisant remarquer qu'il "est triste de vivre dans un siècle où les gens ne
veulent pas vouloir". Et Szymanowski de rétorquer à ses amis Kochanski "C'est
facile de "vouloir" partir pour Venise quand on a un demi-million de
dollars de revenus annuels..." - 27 novembre : concert de Straram à New York, au Town Hall. Il est reçu membre du Advisory Board. 1927.
27 janvier au 19 mai 2ème saison
de 16 concerts salle Gaveau. 29 juin au 4 juillet : Straram est invité à Francfort-sur-le Main au 5e Festival
de l'Internationalen Gesellschaft für neue musik où il dirige le 1er
juillet le Cantique du soleil de Raymond Petit et le 3 juillet L'Offrande à Silva de Claude Delvincourt.Les chefs se partageaient
un même concert ;parmi eux : Wilhelm Furtwängler, Clemens Krauss,
Hermann Scherchen...voir détails à la page Concerts.
Straramenvisage de faire venir Bartók à Paris afin d'y créer
son Premier Concerto pour piano. Il envisage, par ailleurs,
d'organiser un festival Alban Berg - en présence du compositeur - au
cours duquel seraient donnés des extraits de son opéra Wozzeck. Ces
deux projets n'aboutiront pas, hélas, mais témoignent de l'ouverture de
Straram aux courants musicaux les plus avancés de son époque. 1928.
19 janvier au 10 mai 3ème saison
de 16 concerts Salle Pleyel. Le 10 février, Stravinsky dirige l'Orchestre Straram
: Le Sacre, Le Chant du Rossignol... 19 mars Festival Falla,
21 avril Festival Honegger. Le 14 juin, Straram aurait dirigé
Salle Pleyel l'acte II de L'Ange de feu de Serge Prokofiev.
- 1er juillet : Ganna Walska obtient le libre occupation du TCE. Elle en
confie l'exploitation à Walther. Lors de la réception organisée à cette
occasion elle déclare : "Et si nous avons le privilège d'entendre des
sons divins dans ce cadre de beauté dans une atmosphère sublime, nous le
devons à ce musicien parfait qui est présent parmi nous ici, M. Walther
Straram ! Ainsi que me reste-t-il à moi ? Le geste vulgaire de signer des
chèques. Je suis certaine que vous tous, avec moi, pensez que ce n'est une
action ni spécialement flatteuse, ni héroïque."
- novembre-décembre, Straram accompagne les
ballets d'Ida Rubinstein dont le 22 novembre la création du Boléro de
Maurice Ravel à l'Opéra de Paris. Décorsd'Alexandre Benois inspirés
de Goya. Ernest Ansermet avait été pressenti mais les syndicats
de l'Opéra s'y opposèrent du fait qu'il venait de fonder un orchestre concurrent
: l'Orchestre Symphonique de Paris. 1929.
24 janvier au 16 mai 4ème saison de 16 concerts au Théâtre des
Champs-Elysées. Ganna Walska le nomme administrateur délégué de la Société
Parisienne de Spectacles (Théâtre des Champs-Elysées). -21 mars : création
française des Cinq Pièces op. 10 de Webern devant un auditoire "effaré et
ravi" selon Emile Vuillermoz (Comoedia, 25/03/1929)
-
11 avril : S'associe au
soixantième anniversaire d'Albert Roussel avec un concert consacré à ses œuvres. Il organise au mois de juin un
Festival Richard Wagner avec la collaboration de Franz von Hoesslin
directeur musical et Wolfram Humperdinck, directeur de la scène des Bayreuth
Festspiele. (2 Tétralogies sous la direction de Franz von Hoesslin) :
"Décors indigents" de Egon Wilden selon le critique Emile Vuillermoz. -
2-5 juillet : Enregistrement pour
Pathé frères des extraits de cette Tétralogie. Dans la plaquette présentant ces
disques on peut lire: "Les représentations de Bayreuth, données en juin dernier,
à Paris, au grand festival organisé au Théâtre des Champs-Elysées, ont remporté
un triomphe sans précédent. Des foules sont accourues, non seulement de Paris,
mais de toute la France et des pays les plus lointains du monde pour acclamer
les célèbres artistes allemands avec les chœurs et l'admirable Orchestre
Straram, sous la direction du Maître von Hoesslin. La série de ces
représentations s'est déroulée d'un bout à l'autre devant des salles combles, et
telles qu'aucun spectacle n'en avait encore jamais attirées à Paris."
Faisant le point de la saison 1928-1929, Straram écrit : "Le but artistique de
cette première saison était de créer au Théâtre des Champs-Elysées un centre
musical international de premier ordre, particulièrement sous la forme de
concerts, de spectacles lyriques et de danse. Cette saison a compté 303 séances
publiques composées de 112 concerts, 194 spectacles lyriques, 9 spectacles de
danse, 19 présentations de films et 29 séances diverses". - 9 août : Straram reçoit la Légion d'honneurdu ministre de
l'Instruction publique Pierre Maray. - octobre : Straram inaugure et
anime les premières émissions pédagogiques musicales sur Radio Tour
Eiffel. Tous les samedis, l'émission L'Heure radiophonique à l'école initie les jeunes
enfants à la musique avec un programme assuré par les productions du Théâtre des
Champs-Elysées. Georges Salesse, dans Parole libre du 29 octobre 1929
loue une "œuvre utile et d'intérêt public". Notons au passage qu'André
Mallarmé, ami de longue date de Straram, sera
ministre des PTT du 2 mars 1930 au 13 décembre 1930. Straram fera partie de la
commission officielle de la radio qui comprenait Pierre Monteux, Philippe
Gaubert, Maurice Jaubert, Gabriel Pierné, Paul-Marie Masson, Jacques Rouché
(Ciné-Document n° 3, mars 1932) -
12 décembre : 10ème
anniversaire du Groupe des Six. Au cours de l'hiver 1929, l'Opéra Privé de Paris, à l'initiative de la
chanteuse Maria Kousnezoff-Massenet programme Le Prince Igor de Borodine,
Le Tsar Saltan, Snégourotchka et Kitège de Rimski-Korsakov."
L'orchestre est celui de Walter (sic) Straram, que tout Paris connait et
admire." 1930.
23 janvier au 15 mai 5ème saison
de 16 concerts au TCE.Au printemps, nombreux enregistrements
discographiques pour Columbia. -
29 septembre : Concert à Berlin à la Bechteinsaal avec le Quatuor Roth où
Straram accompagne sur un piano Bechstein Ganna Walska dans différents airs, de
Monteverdi à Plaisir d'amour de Martini. -
22 octobre, il organise un Gala Richard Strauss
sous la direction du compositeur.
"Don Juan, Zarathoustra, Mort et Transfiguration ont été, contre toute
attente, enchanteurs, angéliques même alors que nous pensions retrouver Richard
Strauss nerveux, bruyant et dominateur. L'Orchestre Straram a opéré là un
miracle auqueln'est vraiment pas étrangerson chef habituel qui a
dû préparer cette ambiance de "paix" avec l'esprit d'à propos qu'il nous a
quelquefois révélé." (René Doire, Chronique musicale) - décembre : W.S. perd un de ses petits-fils, Carol, fils de sa
fille aînée, Yzelle. Straram en fut très affectése sentant responsable
de cette mort car il aurait (?) été atteint de tuberculose comme lui.Louis Jouvetécrit levendredi 12 décembre : "On m'apprend la maladie de votre petit et
les graves inquiétudes que vous avez. - Je pense à vous mon cher ami avec une
grande affection - avec émotion aussi."
Le chef Eugène
Bigot écrit le 19 décembre à Walther au 78 av. Kleber Paris 16ème : "Sachant quelle
affection profonde vous aviez pour ce pauvre petit, je suis très douloureusement
affecté par la nouvelle de sa mort et je prends une grande part à votre douleur."
Georges Migotfait part également de son affectation et écrira au cours de l'été 1932 un petit
recueil de pièces pour pianoLe Calendrier du petit berger dédié à la mémoire du petit-fils de Straram.
Poulenc envoie une carte de condoléances. A cette triste occasion, s'associe la veuve d'André Caplet dans une lettre très
émouvante (voir reproduction infra) -
Hiver 1930-1931: L'Opéra Privé de Paris organise sa deuxième saison avec le concours de
l'Orchestre Straram et des chanteurs russes : Le Prince Igor de Borodine,
Rouslan et Ludmila de Glinka Sadko de Rimski-Korsakov Boris
Godounovde Moussorgski avec Fédor Chaliapine dans le rôle titre."Sur la scène, les grandes orgues : la voix de Chaliapine ! Dans la
fosse orchestrale : les violons et les violoncelles de l'orchestre Straram nous
ont donné une inoubliable soirée." (Le Journal, 23 décembre 1930) 1931.
22 janvier au 14 mai 6ème saison de 16 concerts au TCE. 17-18 février :
Stravinsky enregistre sa Symphonie de psaumes avec l'Orchestre Straram.
W.S. remporte le premier grand prix du disque le Prix Candide pour l'enregistrement du
Prélude à l'Après-midi d'un faune réalisé l'année précédente. Il est nommé
directeur des enregistrements Columbia. Au cours de la saison 1931-1932, 38
séances d'enregistrement Columbia sont réalisés au TCE soit deux fois plus que
l'année précédente.
- octobre
: divorce de Ganna Walska etHarold McCormick ce qui met en péril les
ressources du TCE.
1932.
28 janvier au 18 février 7ème saison
de 4 concerts au TCE : saison réduite pour raison de santé.Straramétait un grand fumeur(comme Szymanowski !)et il souffrait d'affection respiratoire.Il séjourne alors au Grand Hôtel de Leysin pour respirer le bon air Suisse.
- 18 février : Olivier Messiaen écrit à Straram : "Je me préparais à aller
entendre le Voyage d'Urien, œuvre très remarquable de mon ancien camarade
Jean Rivier lorsque j'ai appris que les concerts Straram étaient arrêtés, que
vous étiez malade, et aviez quitté Paris déjà. Je vous écris aussitôt, espérant
que ma lettre vous fera quelque plaisir. Je comprends qu'elle doit être votre
tristesse ! Abandonner en pleine saison cette société que vous avez faite et qui
est ce qu'il y a de plus beau à Paris, à tous points de vue ! |...] Beaucoup de
compositeurs (et moi-même) regretteront évidemment très vivement tant de 1ères
auditions retardées mais qu'est-ce que cela à côté de votre santé ? Pour moi je
tiens à vous dire que cela m'a fait beaucoup de peine de vous savoir malade. La
bonté de votre cœur, la nouveauté de vos idées, votre sens poétique et
artistique, le soin, l'émotion de votre direction vous ont attiré l'admiration
de tous les jeunes. Je partage ce sentiment en y ajoutant ma reconnaissance et
ma respectueuse affection "... - juin : Festival de musique polonaise avec la participation de
Paderewski (récital de piano le 25), Concert au TCE avec l'orchestre Straram
sous la direction de Fitelberg. Rencontre Karol Szymanowski (voir bibliographie Van Moere).
1933.
9 février au 4 mai 8ème saison de 12 concerts au TCE. Straram est
sollicité pour diriger la musique du film d'André Sauvage / Léon Poirier La
Croisière jaune, musique de Claude Delvincourt. (voir détails à Concerts année 1933). Mai-Juin : Straram
intervient auprès des autorités militaires pour que Messiaen fasse son service
militaire "comme timbalier et musicien de batterie dans la musique du capitaine
Clément, au 24e régiment d'infanterie, 2e bataillon, à
Paris. Tout ceci afin de ne point perdre sa place à la Trinité, ce qui le
réduirait à la misère". Straram avait créé ses Offrandes oubliées (19/02/1931) et venait de créer l'Hymne au Saint-Sacrement le 23/03/1933.
-
20 juin : Straram dirige au TCE une représentation privée de Pelléas et Mélisande
de Debussy. Cette représentation avait été entièrement financée par Ganna Walska
qui chantait Mélisande. "En cette mémorable soirée, rapporte-t-elle dans ses
Mémoires, mes amis saisirent l'occasion de m'exprimer, avec des fleurs, leur
appréciation de la bonne musique entendue dans notre théâtre. Il résulta de leur
aimable pensée, que la scène où meurt Mélisande fut transformée en un splendide
jardin, car, autour du lit sur lequel, quelques secondes auparavant j'avais
mystiquement rendu l'âme, il y avait plus de cent soixante compositions
florales, des corbeilles géantes pour la plupart. Je n'ai pas pu m'empêcher de
penser, avec malice, qu'on me faisait là des funérailles de première classe,
mais j'étais la seule à pouvoir en comprendre l'ironie, car je savais que les
fleurs m'étaient adressées en tant que mécène des arts, en tant tant qu'amie et
pas du tout en tant qu'artiste."
En effet, le public très
choisi et mondain ne fut guère conquis, probablement en raison des limites
vocales de la chanteuse mécène. Elle était heureusement entourée de Pierre
Bernac (Pelléas, élève de Caplet), Henry Etcheverry (Golaud), Claude Pascal (Yniold)...
Décors et costumes de Boris Bilinsky. -
12 - 18 octobre :
Toscanini choisit l'orchestre Straram pour faire ses débuts à Paris : le maestro dirige
trois fois (12-17-18 octobre) l'Orchestre qu'il juge comme l'un des
meilleurs du monde.Ce sera la dernière joie de Straramminé par une affection
pulmonaire. - 24 novembre :
Straram décède à l'âge de 57 ans.
De très nombreuses
lettres de condoléances de compositeurs, de chefs d'orchestre et de
musiciens témoignent de sa notoriété, de ses qualités d'artiste et
d'homme : - Ernest Ansermet s'associe au deuil "dans un affectueux hommage à l'admirable
artiste et à l'homme généreux qu'il était..." - Gabriel Astruc : "Vous savez l'admiration que j'avais pour le grand artiste
qu'"tait votre père. Vous savez aussi que j'avais pris part à l'organisation de
ses premiers concerts au Théâtre des Champs-Elysées. Nous nous connaissions de près de 40 ans ! je l'ai vu naître à la renommée et devenir par
son travail opiniâtre le maître incontesté qu'il était hier encore...". - Elsa Barraine : "...si bon et si dévoué à la Musique que sa perte est
irréparable pour nous autres jeunes, aussi bine pour les joies artistiques qu'il
nous donnait que par sa bienveillante amitié." - Lennox Berkeley : "C'est une perte terrible pour les jeunes compositeurs car
il était presque le seul parmi les chefs d'orchestre ici à vraiment comprendre
et aimer la musique moderne ; et en général la façon désintéressée dont il
mailait la musque est une chose assez rare - car il aimait la musique pour
elle-même, et il jouait seulement qui lui semblait intéressante sans s'occuper
des conséquences auprès du publique. Je n'oublierai jamais le fameux concert
auquel M. Straram a joué une nouvelle œuvre du compositeur Berg - il a été
magnifique ce soir-là." - Eugène Bigot le 30 nov. à Enrich : "Voulez-vous dire à votre maman et à vos
frères et sœur toute la peine que j'ai ressentie en apprenant la mort de notre
pauvre cher Walther et toute la grande part que je prends à votre douleur." - Wilhelm Furtwängler : " Vous prie de croire, chère Madame Straram, à
l'expression de sa sympathie profonde" - D-E Inghelbrecht : "Je suis très triste, moi-même, de voir disparaître Walter
(sic), que j'approuvais pas toujours, certes, mais avec qui j'avais commencé ma
vie d'orchestre [...] Walter qui aima toujours passionnément la musique, Walter
qui était intelligent en même temps que musicien. Et c'est rare -."... - Gian Francesco Malipiero : "La nouvelle de la mort de Walter
Straram m'a profondément troublé... J'ai perdu un ami et la musique
moderne a perdu son plus grand apôtre"... - Marcel Mihalovici : "un grand chef s'en est allé , un grand
musicien , un grand ami des compositeurs"... - Olivier Messiaen : "C'est avec une douleur extrême que j'ai appris la mort de
Walther Straram. C'est une grande personnalité qui s'en va. Un artiste, un vrai
musicien, un poète, une sensibilité exquise. J'ai prié pour lui et suis bien sûr
que son noble labeur lui vaut maintenant la lumière et la lumière éternelle." - Georges Migot : "...il vécut sa vie comme une mission pour la
musique... - et c'était là un cœur à cœur pour moi que je n'oublierai
jamais"... - Darius Milhaud : "Quel terrible malheur ! [...] Ce deuil cruel
dépasse les siens, ses amis, , et frappe la musique elle-même"... - Mr et Mme Pierre Monteux, Cormeilles en Parisis, présentent à Madame Straram
et à ses enfants leurs plus sincères condoléances et leurs regrets les plus vifs. - Maurice Ravel envoie un télégramme : "Apprends affreux malheur
consterné vous présente ma respectueuse sympathie ainsi qu'à votre
famille." - Rhené-Baton : Je m'incline devant les volontés formelles de votre cher
disparu : je n'envoie pas de fleurs, je n'essaye aps de le voir une
dernière fois. Mais c'est c'est un gros chagrin pour moi, car je
l'aimais beaucoup, et je l'estimais énormément comme musicien et comme
homme. - Albert Roussel : "Il a été de tous nos chefs d'orchestre, celui
qui a agi le plus efficacement en faveur de la musique moderne, de la
jeune musique française. Combien de nos plus récents compositeurs lui
doivent d'avoir pu entendre des partitions qui n'auraient jamais été
exécutées ! Et quel merveilleux animateur il était ! Mais ce n'est pas
seulement l'artiste rare qui m'était cher, c'est aussi l'homme avec ce
pur et ardent amour de la musique qui le possédait, cet enthousiasme qui
le dévorait, cette flamme intérieure qui a fini par le consumer tout
entier ; c'est son désintéressement de tout ce qui n'était pas son art,
son inlassable dévouement pour ceux qu'ils aimaient. Je m'arrête ici, je
ne voudrais pas avoir l'air de prononcer un discours ; je tenais
seulement à ce que vous sachiez la grande part que ma femme et moi
prenons à votre deuil"... - Florent Schmitt : "Je le vois encore dirigeant la symphonie de
Raymond Loucheur, la symphonie de Ferroud, le poème d'Alban Berg, ces
œuvres maîtresses dans la production contemporaine, et tant de belles
pages inconnues ou méconnues qu'avec un flegme hautain il brandissait
contre vents et marée, insoucieux des protestations philistines, et
finissait toujours par imposer à la compréhension des foules. Aussi son
souvenir restera-t-il vivace dans la reconnaissance des musiciens"... - Igor Stravinsky : "prie Madame Walter Straram d'agréer ses très
sincères condoléances à l'occasion du grand malheur qui vient de
la frapper"... - Félix Weingartner "condoléance".
- 2 décembre : Ganna Walska présente sa
démission de la présidence de Société Immobilière du TCE puis renonce à cette
hâtive décision en
nommant Enrich Straram à la place de son père. Elle repart aux Etats-Unis. 1934.
D'avril à juin et en novembre, Toscanini dirige à de très nombreuses reprises l'orchestre
Straram. Les concerts du 25 et 27 mai sont un hommage à la mémoire de Straram.
Au cours d'une répétition d'Iberia de Debussy au TCE, le 9 novembre, le
maestro brise et jette sa baguette dans la salle (baguette recueillie par Maxime
Corroënne (1898-1981) alors violon II). Fils de Walther, Einrich Straram[5]
s'efforce de perpétuer les activités de l'orchestre et faire en sorte qu'il
occupe une place de premier plan à l'échelon national. Malgré les plaintes des
chefs des Sociétés de Concerts dominicaux, Jean Mistler alors ministre des
P.T.T. décide, le 18 janvier 1934, la création de l'Orchestre National de la Radiodiffusion
française (aujourd'hui l'Orchestre National de France) dont la direction est confiée à D-E Inghelbrecht [6] 1935. Maurice Jaubert dirige l'orchestre Straram dans la musique écrite
par Jacques Ibert pour le film de Julien Duvivier
Golgotha. 1936. 8 et 12 décembre,
Toscanini dirige deux concerts avec l'Orchestre Straram, derniers feux de cette
illustre formation. 1943.
22 novembre. Hommage à Wather Straram dans la revue Comoedia à l'occasion du
10ème anniversaire de sa mort. 1946.
14 juin TCE Concert de la finale du Concours public de fin d'année de la classe
de direction d'orchestre du conservatoire au cours duquel est attribué le Prix
Walther Straram. [7] Il a été créée également une Fondation Straram dont la
direction était assurée par le flûtiste Marcel Moyse et dont le Comité d'honneur
était composé de Roger Désormière, Jacques Ibert, Jacques Jaujard, Olivier
Messiaen, Charles Munch et André Obey. Elle eut une vie active jusque dans les
années 1990.
Lettre de Geneviève André Caplet
Straram et Julia Nessy au premier plan
avec Lily Laskine et sa femme
à son bureau
Straram chez lui
Straram à la fin
de sa vie
article biographique paru dans la Semaine musicale
(sans date)
Fondation
Straram
Prix Walther
Straram
[1] GOUVERNE Yvonne André Caplet in Revue
Zodiaque janvier 1976 p.16. [2] Lire à ce sujet le livre
(rare) de Quaintance Eaton, The Boston Opera Company The Story of a Unique
Musical Institution, Appleton-Century, New York, 1965. [3] Harold McCormick (1872-1941)
était l'héritier d'une
famille ayant fait fortune dans les machines agricoles. Marié avec Edith
Rockfeller dont il eut cinq enfants, McCormick s'éprit de la chanteuse Ganna Walska dont il fit sa maîtresse puis son épouse en 1922. Il dépensera des
milliers de dollars pour ses cours de chant et tentera même de l'imposer en 1920
à l'opéra de Chicago dans une production de Zaza de Leoncavallo mais à la
suite d'une dispute avec le réalisateur Pietro Cimini lors de la répétition
générale, elle claqua la porte.
Née Hanna Puacz, Ganna Walska (24 juin 1887-2 mars 1984) était
née en Pologne à Brest-Litowsk ; elle était la nièce du marquis de Cuevas
marié lui aussi à une fille Rockfeller. En 1916, elle tourna dans
un film de William Night The Child of Destiny. Emigrée à Paris, elle
tenta donc une carrière de chanteuse à la réputation assez terrible car sa voix
n'était semble-t-il pas extraordinaire. Elle devint l'élève de
Straram le 4 mai 1921. Plus tard, elle confiera dans ses Mémoires : "Walther Straram a été l'un des
plus grands musiciens et des plus grands hommes aux qualités intellectuelles
supérieures qu'il m'a été permis de rencontrer. Il avait une profonde
connaissance de la voix et m'a fait apprécier la partie la plus importante d'un
opéra...l'orchestre ! "Animée d'un fort tempérament, très
jolie femme, elle avait une très active vie mondaine dont les revues de mode se
faisaient l'écho : elle fait la une de la revue Minerva n° 202 du 23 juin 1929
"le grand illustré féminin que toute femme intelligente doit lire" (sic). Mme
Walska se produit aussi
comme comédienne le 1er juin 1929 à la Comédie des Champs-Elysées dans une comédie en trois actes
de Régis Gignoux La Castiglione avec des illustrations musicales
de Jacques Ibert (dir. Eugène Bigot). Elle avait d'ailleurs proposé à
Szymanowski d'écrire un opéra sur ce sujet (voir
bibliographie). En 1926, elle acheta
lors d'une vente de charité l'œuf de la "duchesse de Marlborough", joyau de
Fabergé (joailler des Romanov) d'une très grande valeur appartenant aujourd'hui
à la collection d'un richissime industriel russe.
Sur de nombreux programmes des saisons musicales de Straram figure une publicité concernant les parfums Ganna Walska,
2 rue de la Paix - Paris, Exposition et vente au théâtre (salon des dames). Elle
participe (ou s'impose ?) naturellement comme soprano à divers programmes de Straram
les
7/14/21 juin 1924 (Cosi fan tutte de Mozart) ainsi que dans les concerts du 10 mars et du 19 mai 1927
ou encore du 3
mai 1928. Elle divorce de McCormick en octobre 1931. Des différents avaient
rapidement eu lieu avec Gabriel Astruc évoqués dans la lettre de celui-ci à
Straram du 24 avril 1923 : "Dans cette maison, qui m'a coûté une vie
de travail et une fortune, j'étais toujours entré jusqu'à présent, la tête
haute. Madame Walska, dans l'incident d'aujourd'hui, s'est faite l'interprète
cruelle d'un ordre qu'il n'est pas de ma dignité d'accepter. [...] Je dois
renoncer définitivement à pénétrer dans cet immeuble et je me bornerai à
apporter ma collaboration aux séances d'un Conseil d'administration où je
représenterai les fondateurs du Théâtre". Et le 29 avril, il poursuit : "Je me
trouve vis ç vis d'un cerveau qui n'est pas dans le même plan que le mien - je
dirai même que le nôtre. On m'accuse d'avoir "de la Haine". C'est de la
pure folie ! [...] Cette vice-présidence n'a vraiment plus aucun intérêt pour
moi, après qu'il a fallu l'extirper douloureusement... [...] Mais pour vous
et pour les amis de la 1ère heure, actionnaires du théâtre,
j'essaierai de rester"...
Le 29 septembre 1930, Ganna Walska
participe à un concert en compagnie du Quatuor Roth et Straram au piano où elle chante des airs de
Monteverdi, Martini, Bach, Scarlatti, Schubert et Brahms. Le 20 juin 1933, elle
finance une représentation privée au TCE de Pelléas et Mélisande de Debussy
(direction Straram) où elle chante le rôle de Mélisande. Ganna Walska était
amie avec Alma Mahler qui écrit dans Ma Vie : "Lorsque plus tard, je me
remariai à Walter Gropius, Joseph Frankel épousa mon amie Ganna Walska, chez
laquelle il croyait trouver une ressemblance avec moi, et aussi parce qu'elle
avait, comme moi, tant de A dans son nom ! ". C'est Alma qui, de passage à
Paris, écrit aussi "Paris sans Ganna, [n']est pas Paris".
Orson Welles se serait
inspiré d'elle en écrivant le scénario de Citizen Kane pour le rôle de
Susan Alexander. Elle mourra à l'âge 97 ans
après une vie mondaine et sentimentale mouvementée. Elle se maria six fois : au
baron Arcadie d'Eingorne, au neurologiste Joseph Fraenkel,
au milliardaire Alexandre Smith Cochran avant de rencontrer McCormick. Son
dernier mari était un mystique Yogi dont elle divorcera en 1946. Ils habitaient une vaste propriété à Montecito au nord de Los Angeles, propriété qu'elle baptisa "Tibetland" puis,
après leur divorce, "Lotusland". Elle avait conçu un magnifique et
excentrique jardin visitable encore aujourd'hui. Une fleur d'eau tropicale
WaterLily
de la famille des nymphéas porte son nom. La Pologne lui décerna en 1931
la Croix d'or du mérite, la France en 1934 la Légion d'honneur et en 1972
L'Ordre National des Arts et des Lettres. [4]
Dans ce cadre de ces Jeux Olympiques (les
derniers organisés par Pierre de Coubertin) avait été prévue une Grande Saison
d'art et un Concours d'Art réunissant plusieurs disciplines : sculpture,
peinture, littérature, architecture et musique. Pour la musique, cinq nations
présentèrent sept candidats. La France, pour sa part en présenta trois : Gerry (Hymne
aux sports) , H. Marquillier Thiriez (Ludus pro patria) et J. Richard
(Marche sportive pour piano). Le jury sous la présidence de Charles-Marie
Widor, réunissant des compositeurs de très nombreux pays, décida de ne décerner
aucune récompense. [5]Enrich Straram
(22 mai 1903-28 août 1983) tenta en vain de perpétuer l'orchestre Straram dont
il était administrateur depuis 1925. En 1928, il fut nommé secrétaire général de la Société Immobilière
du TCE. La mort de son père, le divorce puis le désintérêt de Ganna Walska le
conduiront à dissoudre l'orchestre paternel. Dans une
lettre du 10 décembre 1934,
Pierre Monteux sollicité déclinait l'offre de reprendre l'Orchestre de
Straram. Jean Mistler, alors ministre des
P.T.T., le nomma administrateur de l'Orchestre National de la Radio auprès
d'Inghelbrecht. En 1940, on lui confia la création et la direction de la
Bibliothèque Musicale de la Radio. Il acheva sa carrière à l'ORTF (Office de
Radio Télévision Française) en 1968. Parallèlement, Einrich Straram continue
d'assurer l'administration du TCE, représentant Ganna Walska qui, après une
brève réapparition en 1935 puis une courte visite en 1948, ne revint plus jamais
dans "son" théâtre. En 1963, pour le cinquantième anniversaire du TCE,
l'Orchestre National de la RTF sous la direction de Charles Munch donnera un
concert en hommage à Walther Straram. C'est en 1970 que Ganna Walska, sur les
conseils d'Einrich Straram, vendra ses 18 000 actions de la Société Immobilière
du TCE à la Caisse des Dépôts et Consignations. fin d'une longue histoire
artistique et financière.
J'ai eu l'occasion de le rencontrer dans les derniers mois de son activité et je
peux témoigner que cet homme courtois était d'une grande classe et encore très respecté dans le milieu
musical. "Enrich Straram, écrit Henri Dutilleux, fils de Walther, avait un rôle
éminent à la tête de la Bibliothèque musicale, service constamment sollicité
aussi bien pour les créations de musique contemporaine que pour le répertoire de
tous les temps. J'ai ressenti comme chacun à quel point le prestige de son père
avait auréolé toute cette période comme a pu l'être aussi le Théâtre des
Champs-Elysées dont Enrich, après lui, allait lui-même assumer la direction
durant cinquante années. Parmi tant de faits qui ont illustré la carrière de
Walther Straram, je rappellerai seulement qu'en février 1931, aux
Champs-Elysées, à dix jours de distance, il avait programmé, en 1ère
audition la "Symphonie de Psaumes " de Strawinsky (sic) et "Les Offrandes
oubliées" de Messiaen." [6] Il avait été chef de chant
lors de la création du Martyre de Saint Sébastien en mai 1911 sous la
direction d'André Caplet. [7] Nous ignorons qui a gagné le
Prix. Peut-être Fernand Oubradous ?
Walther STRARAM (Collection particulière E. Straram)
Ganna Walska et Harold F. McCormick JVPD/0003/ImageEnvision.com
Straram et Strauss octobre 1930 TCE (Keystone)
Quelques chanteurs connus ayant suivi des cours de chant
avec W.S : Mary Garden, Maria Kousnezoff-Massenet (1), Georgette Leblanc, Jane Bathori, Julia Nessy, Ganna Walska,
Albert Alvarez Charles Dalmores, Charles Panzera, Pierre Bernac... (1) Elle avait épousé le neveu de Jules Massenet.