Violoniste, pianiste et chef de chant
1876 - 9 juillet : naissance à Londres de Marie Émile Félix Walter Marrast. Ses parents résidaient alors dans le quartier d'Hammersmith depuis mars 1873, mais Walter était originaire du pays de Comminges par son père Eugène Marrast (19/02/1844 - 11/01/1894) et de Paris par sa mère Marguerite Barthélémy (9/07/1848 - 1935). La branche paternelle était musicienne : sa grand-mère Virginie Marrast née Bertho fut élève de Chopin et son grand-père Oreli Marrast, enseignant et bon violoniste, avait fondé à la Réunion "la Philharmonie de Saint-Denis" qui fut active jusque dans les années 1930. A son retour à Paris, en novembre 1877, Eugène Marrast, initié au violon par son père, au piano par sa mère, se produit comme chef d'orchestre sous le nom de Jean Straram (anagramme de Marrast), pratiquant également la composition. Eugène Marrast et Marguerite Barthélémy se sont mariés à l'Eglise Notre-Dame-des-Champs à Paris, le 28 avril 1868. Ils eurent 5 enfants dont Walter le quatrième et Joseph Marrast (1881-1971) le cinquième qui exerça une importante activité comme architecte (rénovation de l'Opéra, de la Comédie-Française dans les années 1930). Enfin, relevons au passage que leur arrière-grand-père Oréli Marrast était le frère du politicien et journaliste Armand Marrast (1801-1852)
1877. octobre : De retour de Londres, la famille s'installe en France.
1883. Le jeune Walter commence le piano avec sa grand-mère Virginie Marrast, une ancienne élève de Chopin. Il improvise des airs de sa composition au piano ou à l'harmonium.
1885. Walter est élève du Lycée Janson de Sailly à Paris.
1887. Élève médiocre, il quitte le lycée et se destine à la musique. Il travaille le violon avec Alfred Brun violoniste à l'Orchestre de l'Opéra et soliste à la Société des Concerts du Conservatoire.
1888. Première communion à l'église Saint-Pierre-de-Chaillot.
1892. Walter emprunte le nom de Straram pseudonyme du nom d'artiste de son père Jean Straram (anagramme de Marrast). Après cinq années d'étude du violon, il est admis comme second violon à l'Orchestre Lamoureux : il a 16 ans ! Parallèlement, il travaille en cours particuliers l'harmonie et le contrepoint avec Gustave Sandré (1843-1916) professeur puis directeur du conservatoire de Nancy, professeur au conservatoire de Bruxelles, compositeur. Sandré a traduit de l'allemand des Traités d'harmonie et de fugue du théoricien allemand Ernst Friedrich Eduard Richter (1808-1879). Walter travaille également le piano avec le réputé Édouard Risler (1873-1929) qui sera répétiteur au Festival de Bayreuth en 1896. Ces deux personnalités, Sandré et Risler, ont certainement ouvert le jeune Walter à la culture allemande.
1894. 11 janvier : mort de son père. Incorporation à Bernay (Eure). Service militaire à Sainte-Adresse, près du Havre. A-t-il rencontré André Caplet à cette époque ? Réformé en raison d'une mauvaise vue.
- 2 juin au 2 septembre : Premier violon au Casino Marie-Christine au Havre.
- Octobre : premier violon puis violon solo au Théâtre des Nouveautés d'Alger.
1895. D'octobre à mars 1896, violon solo au Théâtre des Nouveautés à Alger
1896. 12 juillet au 15 septembre : Il est violon solo au Casino de Châtelaillon (Charente-Maritime). Engagement comme violoniste à Alger.
- Août : comme beaucoup de ses contemporains, Straram fait le pèlerinage de Bayreuth ; il s'y rend en compagnie d'André Mallarmé avec lequel il échangera une importante correspondance). André Mallarmé (1877-1956) exercera de nombreuses fonctions politiques comme député, sénateur et ministre des P.T.T. de mars à décembre 1930.
- 1er au 22 octobre, pianiste accompagnateur des choeurs, et premier violon au Théâtre de Caen
- Octobre => mars 1897, Premier violon et pianiste accompagnateur du chœur au Grand Théâtre de Lyon engagé par Albert Vizentini, ancien collaborateur d'Offenbach qui fut chef d'orchestre du Théâtre des Bouffes-Parisiens et directeur du Théâtre de la Gaîté.
Straram donne des saisons d'été avec le violoniste Jacques Thibaud ainsi que des concerts privés avec le compositeur Reynaldo Hahn qui était ami de Risler et intime de Marcel Proust.
- W.S. collabore avec Richard Strauss à Munich. Au cours de cette période, il se produit régulièrement comme accompagnateur de chanteuses à bord des paquebots Cunard, il organise des concerts de charité, est chef de chœurs en divers concerts de Fauré, Hahn, Massenet ou Saint-Saëns.
1897. À Pâques, Premier violon, pianiste accompagnateur au Grand Théâtre de Saint-Etienne.
1898. Fréquente Jeanne Gautier dont il aura quatre enfants (mariage en 1909)
1er octobre au 30 septembre 1899, Premier violon au Casino de la Grande Roue de Paris 74 avenue de Suffren.
1899. 14 mai participe comme second violon à un concert symphonique qu'Albéric Magnard donne de ses oeuvres au Nouveau Théâtre. Au programme figuraient les Symphonies n° 2 et 3, une Ouverture, un Chant funèbre et Jeanne Raunay chantait 3 pièces pour piano et voix op. 3. "L'exécution a été animée, vivante, artistique" (Magnard à Guy Ropartz, 15 mai 1899).
27 mai : participe comme second violon à un concert de la Société Nationale salle du Nouveau Théâtre (œuvres de Fauré, Koechlin, Ropartz, Lazzari, Ravel, Chausson, Franck, Albeniz, Bréville), orchestre dirigé par d'Indy et les compositeurs.
17 décembre : naissance de sa fille Yzelle.
1900. 18 janvier : Se produit comme violon d'orchestre aux Concerts d'Harcourt dans Le Messie de Haendel.
- 17 mai Se produit comme violon d'orchestre aux Concerts d'Harcourt au Palais du Trocadéro (Salle des fêtes) dans le cadre de l'Exposition universelle.
1901. 30 août : Naissance d'Ulrich mort en bas-âge.
1902. mai-juin : Straram (26 ans !) est répétiteur lorsqu'Alfred Cortot (25 ans !) , Hans Richter et Félix Mottl dirigent au Théâtre du Château-d'eau (dir. Victor Silvestre), la première parisienne du Crépuscule des Dieux (le 17 mai : 6 ans avant l'Opéra de Paris 23 octobre 1908) sous le patronage des Grandes Auditions musicales de France ainsi que Tristan et Isolde (trois ans après la première parisienne au Nouveau Théâtre le 28 octobre 1899 mais deux ans avant l'Opéra de Paris le 11 décembre 1904). Le Crépuscule est chanté en français mais Tristan est donné le 1er juin en allemand. Participent de très grandes voix wagnériennes comme Félia Litvinne ou Ernest van Dyck (détails à la page Concerts). L'orchestre, à l'instar de celui de Bayreuth, avait été rendu invisible et les décors imités des maquettes originales de Bayreuth. Quatre mois de répétitions avec les chanteurs puis l'orchestre composé de 91 musiciens provenant pour la plupart des Concerts Lamoureux et 37 choristes. "Straram, écrit Bernard Gavoty dans son livre sur Alfred Cortot (p. 86), est venu offrir sa collaboration à Cortot, qui a aussitôt agréé ce jeune musicien, du type bohême et enthousiaste, dont la passion pour son art légitime la vie extravagante : "J'habitais alors 96, boulevard Malesherbes, rapporte Cortot, ayant quitté le domicile de mes parents pour avoir mes coudées plus franches. J'y avais recueilli Straram, à qui m'unissait une amitié fraternelle, cimentée par le culte de Wagner. Que de nuits blanches passées à combiner les coups d'archets de nos partitions : Félix Mottl et Hans Richter, qui alternaient avec moi au pupitre du Festival Lyrique, étaient aussi mes hôtes."
Au dos d'une photo de Cortot, celui-ci écrit "A Walter Straram, à mon meilleur ami". Dans une lettre, Cortot se plaint "à savoir que tous les chanteurs sont des cabots et partant des mufles". Ces productions seront hélas des fiascos financiers ce qui n'empêchera pas Cortot de monter dès l'année suivante deux auditions fragmentaires de Parsifal (7 et 11 avril) qui lui attireront les foudres de Cosima et lui fermeront définitivement le poste de chef d'orchestre à Bayreuth.
Tout dévoué à Wagner, c'est alors que Walter ajoute un "h" à son prénom faisant ainsi référence au personnage de Walther von Stolzing des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Richard Wagner, qui symbolise « le génie sans contrainte et le renouveau de l’art». Straram a-t-il assisté aux représentations de Pelléas et Mélisande de Debussy créé à l'Opéra-Comique le 30 avril ? En tout cas, Straram est nommé chef de chant de cet illustre établissement dont l'actif directeur, Albert Carré, entouré d'André Messager pour l'orchestre, d'Henri Busser pour les chœurs et de Louis Dandry pour les chanteurs, devait assurer plus d'une trentaine de représentations par mois.
-5 décembre : Walther accompagne au piano le grand baryton verdien Victor Maurel au Victoria Hall de Genève.
1903. 22 mai : naissance d'un premier fils Enrich. (voir infra note 5)
1904. 21 janvier : dirige des chœurs de Reynaldo Hahn chez les Vaudoyer
- 28 mars : dirige Chansons bretonnes de Bougault-Ducoudray, Etudes latines de Reynaldo Hahn, et Israël en Egypte de Haendel dans une version avec accompagnement de piano.
- avril : soirée consacrée à Liszt sous la direction de W. S. dans le salon de la famille Girette.
- 14 décembre : accompagne la chanteuse Ernestine Gauthier (1880-1988 morte à 108 ans !). Il la retrouvera à Boston en 1912-1913. Dirige des extraits de La Pastorale de Noël de Reynaldo Hahn.
1905. 1er mars : naissance d'un dernier enfant Karl. Straram est nommé Chef de chant à l'Opéra de Paris où il travaille avec André Messager, Paul Vidal...
Mai : La chanteuse Angèle Duglé organise une matinée en présence de Saint-Saëns au cours de laquelle Reyhaldo Hahn et W.S. dirigent des choeurs. Dans les salons de Madeleine Lemaire est donné L'Isle heureuse d'Eugène Moret, avec Jean Périer, créateur du rôle de Pelléas, choeur et orchestre sous la direction de W. S.
1906. 18 janvier W.S. accompagne au piano Louise Grandjean avec le Quatuor Capet. Chef de chant à l'Opéra-Comique.
- 31 octobre : comme chef des chœurs à l'Opéra, il participe à la création de l'opéra Ariane de Jules Massenet qui lui dédicace sa partition chant et piano : "A mon très cher ami Walther Straram, en affection reconnaissante et en souvenir des études d'Ariane à l'Opéra".
- 4 décembre : concert avec l'Orchestre Colonne sous la direction de Colonne avec le chanteur Fendall Pegram que Straram accompagne au piano dans les Dichterliebe de Schumann.
- ? décembre Straram dirige un concert à l'Interprix. Massenet lui écrit le 15 décembre : "Dans le programme du concert que vous dirigez à l'Interprix vous pensez à moi... J'en suis très touché !"
1907. Mars Il dirige une représentation privée de Salomé (version française) de Strauss au Petit-Théâtre rue Blanche à Paris. On aimerait en savoir plus sur les conditions d'exécution d'un ouvrage aussi exigeant sur le plan vocal et sur celui des effectifs. Strauss dirigera la version allemande au Théâtre du Châtelet le 8 mai. Peut-être Walther a-t-il rencontré le compositeur à cette occasion.
Chez Madeleine Lemaire, il accompagne au piano une audition privée des deux premiers actes de La Forêt bleue de Louis Aubert. Ce n'est que le 8 mars 1913, à Boston, qu'André Caplet dirigera la création de l'intégralité de l'ouvrage avec Straram comme assistant.
- 24 mai : Straram participe à la création de La Catalane de Fernand Leborne à l'Opéra de Paris. L'auteur lui dédicace sa partition : "En souvenir des heures inoubliables passées au milieu des exquises danseuses de l'Opéra".
- 25 novembre : Straram participe comme répétiteur au piano à la création du ballet de Henri Maréchal : Le Lac des Aulnes.
1908. 6 juin. W.S. dirige le choeur des "filles fleurs" lors d'une audition privée du second acte de Parsifal chez madame Willy Blumenthal avec Félia Litvinne (Kundry) et Édouard Risler au piano.
12 juin W.S. dirige des œuvres chorales (Chansons et Madrigaux probablement) de Reynaldo Hahn lors d'une « brillante soirée » donnée dans le salon de la chanteuse Angèle Duglé, nièce de Gounod. Dans ces années W.S., chef des choeurs de l'Opéra Comique, est très sollicité dans les salons mondains qu'il fréquente notamment avec Reynaldo Hahn et Édouard Risler. A cette époque, il se rend en Allemagne pour parfaire sa formation, estimant qu'elle est "La patrie de la vraie musique et des grands musiciens".